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Journal B

Sagt, was Bern bewegt
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15.02.2017 | 11:49

On voit des fêtes et des rituels disparaître tandis que d'autres semblent prospérer sur l'humus de la sécularisation et du marché  généralisé.

Noël part en sucettes sous des décoration de plus en plus sinistres, les lapins de Pâques en chocolat sortent éprouvés des tests menés par les associations de consommateurs, et personne ne m'a plus invité depuis des lustres à manger une tarte aux pruneaux le jour du Jeûne Fédéral (dont tout le monde ou presque ignore le sens et l'origine). Pentecôte, les Rameaux et l'Ascension sont devenus des jours fériés plus propices à la visite des châteaux de la Loire ou à une sortie à vélo dans les Franches-Montagnes qu'à la fréquentation de la paroisse de son quartier (me voici adoptant soudain un ton pastoral, que se passe-t-il?).

La Saint-Valentin en revanche se porte bien. On aime célébrer ici, et de plus en plus dirait-on, l'amour, ou le spectacle de celui-ci, sous toutes ses formes. Chacun semble en effet vouloir tirer parti de cette belle et saine opportunité d' aimer, ou à tout le moins déclarer son amour, encouragé en cela par des medias décidés à se parer de rose pour la journée, et à livrer leurs colonnes aux experts du commerce amoureux. La maîtresse encore allongée à côté de son mari en proie à de pénibles apnées du sommeil envoie une nuée d'émoticônes à son amant, le sachant déjà dans sa voiture. Le mari en costume Hugo Boss qui travaille à Berne revient avec des roses dans sa villa de Romont.

Beate Uhse fait, on parle ici de la caisse des boutiques, sa plus belle journée de l'année. Boulangers, confiseurs et même mon boucher travaillent à donner une forme de coeur à leur marchandise, du carac au hamburger. Cependant que les bus de la ville où je réside alternent sur leurs divers écrans messages d'information pure et slogans du type "vive les amoureux". Voilà la vie transformée: l'amour est partout, le coeur est l'organe principal au service de nos comportements, Eros triomphe.

Derrière la porte, je vois, moi qui suis pessimiste, Thanatos attendre au volant de son camion-balai, décidé à ramasser confettis et condoms avant même le lever du soleil.