Aare
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Journal B

Sagt, was Bern bewegt
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17.01.2017 | 11:54

Je regarde la nouvelle affiche lancée par l’UDC, ou plutôt par « un comité proche » de ce grand parti suisse. Celle qui nous montre une femme supposément diabolique qu’il faut à tout prix tenir éloignée des procédures de naturalisation facilitée. Dans l’espace du visage laissé visible par la burka, je vois toutefois un visage harmonieux, aux traits fins, des yeux en amandes et des sourcils admirablement dessinés ; et je devine sous l’étoffe un nez bien proportionné, et une bouche d’égale beauté. Je me demande dès lors pourquoi cette personne, que je devrais assimiler à une terroriste ou à tout le moins à une islamiste fanatique totalement inadéquate aux mœurs qui dominent dans mon pays, est représentée sous une si désirable apparence; et si le propagandiste qui a mis son agence et sa plume au service de la communication des « proches » de l’UDC s’en est rendu compte. Je me demande alors si cet homme - car je ne peux pas imaginer ces "proches" confier leur propagande à une femme - n’est pas sujet à des fantasmes orientalistes, ou coloniaux. Comme le furent avant lui les légionnaires, les préfets français des wilaya de l’Algérie française ou Michel Sardou chantant « Musulmanes ». Je me demande aussi si cet homme rêve de soulever délicatement cette burka et d’embrasser cette femme sur des lèvres à la saveur de dattes. Je me demande encore si cet homme a des photos de femmes arabes dans le casier qu’il loue à l’année au fitness, et s’il tape « arabian woman» sur son clavier à chaque fois qu’il va sur you porn. Je me demande enfin s’il goûte aux danses du ventre des palaces de Casablanca, ou aime aller aux poules lorsqu’il séjourne à Istanbul avec ses collègues proches de l’UDC. Et voilà que je finis par le trouver presque sympathique. Il a voulu me faire peur avec sa veuve noire. Il m’a plutôt dit à son insu qu’il kiffait les femmes orientales. Qu’elles le fascinaient peut-être. Et m’a convaincu que l'UDC pourrait être un tigre de papier - si on se payait sa tête un peu plus souvent.