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Journal B

Sagt, was Bern bewegt
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24.08.2015 | 12:16
Boat-people, Bild: Antoine Jaccoud

Bien sûr qu’on a eu des vacances comme tout le monde ma femme et moi. On est même allés en Grèce cette année, parce qu’on s’est dit que ce serait moins cher avec la crise et tous les emmerdements qu’ils ont eus ces derniers temps, et puis qu’ils seraient aussi contents de profiter un peu de notre franc fort pour essayer de se remplumer un peu.

On a donc fait trois semaines sur une île – quelque chose en -os, bien sûr, mais le nom exact, ça, il faudra que je demande à ma femme parce que moi les noms…- en tout cas c’était vraiment tip-top – pas trop de méduses, des gens souriants, pas tous, bien sûr, mais la majorité, et puis un petit établissement tout à fait correct d’ailleurs tenu par un couple d’Allemands, il n’y a pas de hasard.

Mais voilà, tout ça ne nous a pas empêché d’avoir envie de repartir un petit coup cet automne deux ou trois jours- vous allez dire «ils ont la bougeotte ces deux, c’est pas possible», mais pas loin, une grande ville d’Europe par exemple, histoire de flâner, de faire un peu de shopping en prévision des fêtes de fin d’année et puis de bien manger parce que c’est important pour nous de bien manger, pas seulement pour la santé, non, elle est plutôt bonne, on touche du bois ma femme et moi, mais simplement pour le plaisir de bien manger.

Alors on a regardé un peu sur internet ce qu’ils proposaient. On a d’abord trouvé un Genève-Copenhague pour 47 francs 50, mais bon le Danemark en octobre, et puis un Bâle-Paris pour 33 francs 20 avec les taxes, mais moi j’aime pas trop Paris, c’est une ville sale, la dernière fois j’ai dû jeter une paire de mocassins tellement j’avais marché dans les crottes de chien, et puis enfin, pour 24 francs 90 par tête de pipe, un ticket pour Madrid. Ma femme était prête à se lancer, j’avais déjà sorti la Visa, Madrid c’est beau il faut le reconnaître – et puis partout où il y a eu des rois ça nous laisse quand même de sacrés monuments – mais je me suis dit qu’on pouvait peut-être trouver encore mieux, et pourquoi pas: un peu moins cher. Je ne me trompais pas. Encore trois clicks de souris et j’ai déniché un billet pour Londres pour 12 francs 50. Bon, il faudra se lever tôt vu que l’avion décolle à 4 heures 15 du matin – on roupillera un moment pendant le vol, c’est pas plus grave que ça – mais ça fait rien, à ce prix là c’est donné surtout que Londres pour les magasins c’est quand même le top, «the place to be» comme on dit maintenant.

Là dessus on a éteint la tablette ma femme et moi et on est allé nous coucher.  Un peu avant de nous endormir on a pensé à tous ces réfugiés qui payent 5 ou 10 mille balles pour traverser la Méditerranée. Est-ce qu’ils se font pas un peu avoir quand même? On s’est posé la question, ma femme et moi.

Mais peut-être que leurs familles ont les moyens après tout.